Subvenir et insérer
Il semblerait que le RMI permette l'insertion professionnelle.
Ne voyez là aucun persiflage ni cynisme. C'est vrai, dans certaines circonstances le RMI est un outil d'accompagnement de l'insertion professionnelle.
La preuve, cette dame, seule, la quarantaine, qui décide, loin de chez elle, de créer une crèperie.
Elle en rachète une existante dans une ville de l'est de la France. Ville classique de 20 000 habitants.
Installée depuis avril 2006, elle ne peut encore pas se tirer de salaire. Son restaurant est bon, frais, d'un excellent rapport qualité prix avec un service rapide.
Il se trouve que cette dame est au RMI afin d'avoir un revenu minimum d'existence en attendant mieux. En attendant surtout qu'elle puisse tirer des revenus de son travail.
Comme sais-je qu'elle est au RMI ? Et pourquoi est-ce intéressant ?
A la première question la réponse est simple : c'est moi qui valide les contrats d'insertion.
C'est l'occasion pour moi de rappeler le fonctionnement du RMI : Le principe établi dès sa création est le versement d'une allocation, minimum, avec en contrepartie la mise en place d'une démarche d'insertion du bénéficaire.
Cette démarche doit obligatoirement se traduire par la signature d'un contrat d'insertion. Celui-ci a pour fonction de formaliser les actes et actions d'insertion sociale, personnellle ou professionnelle que le bénéficaire va mettre en place.
En résumé : tu as droit à une allocation mais tu dois t'engager dans ton insertion. Tu ne dois pas rester consommateur d'aide mais te prendre ne main. La société subvient à tes besoins fondamentaux mais tu dois d'insérer dans cette même société.
A cela rien de choquant, au contraire, le principe est plutôt sain. Sauf quand le discours, de plus en plus répandu stigmatise les bénéficaires comme fénéants, profiteurs et bien contents d'être au RMI sans rien faire. Je propose donc à tous ces donneurs de leçon de vivre chaque mois avec 370 €. Vous trouverez d'ailleurs dans ce blog des articles sur la pauvreté.
Donc, c'est moi qui valide les contrats d'insertion car la loi dit que ce sont désormais les Conseils Généraux seuls qui les valident car ce sont eux qui payent.
J'ai donc le privilège, la lourde tâche de décider si le contrat d'insertion signé entre le bénéficaire et l'assistante sociale est conforme à une démarche d'insertion réaliste.
Je m'acquite de cette fonction sans plaisir, notamment car les pistes d'insertion sont tellement maigres qu'on se transforme plus en chambre d'enregistrement qu'en lieu de créativité.
Il m'arrive de suspendre des allocations d'allocataires qui ne repondent même pas aux rendez-vous fixés par le travailleur social . Je rassure les plus sensibles il s'agit d'une quinzaine de situations par an sur 1500 bénéficiaires.
Donc, ce privilège de ma fonction m'a permis de valider le contrat d'insertion de cette restauratrice.
Et voilà donc pourquoi son exemple est intéressant, car, le RMI est dans ce cas en accord avec sa fonction : subvenir et insérer. Je reste optimiste en imaginant que cette crépière va s'en sortir et quand je valide son contrat j'aime à penser que c'est un tout petit peu grâce à moi. Mais en fait je ne me fais pas d'illusion, elle n'a pas besoin de moi pour s'en sortir.
Ceci dit, c'est plutôt sympa de pouvoir valider une démarche d'insertion concrète.
J'ai testé son restaurant, j'ai aimé. J'étais à la fois fier de lui payer mon repas, ma contribution, et un peu géné car je la connaissais par son versant de vie pas très valorisant. Elle ne me connaissait pas et ne savait pas que j'avais connaissance de son parcours.
Je vous recommande à tous cette adresse ou des adresses similaires. Il y en a partout en France.
Par Pierre
-
Publié dans : Pauvreté
2
-
Recommander
Mercredi 20 décembre 2006
Le dilemme éludé
Cela n'aura échappé à personne : les élections présidentielles approchent.La tension monte chez les candidats .Je ne vais pas me lancer dans des lieux communs du style : les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent.En revanche il me semble que nous sommes devant 1 dilemme d'importance, qui, chez moi, provoque troubles et inquiétudes. Je suppose donc, quitte à être imodeste que je ne suis pas le seul dans ce cas.Je m'explique.Le dilemme qui me trouble touche aux choix économiques à faire. L'économie. En, théorie je n'y connais rien. En revanche je sais observer, me semble-t-il. Ce qui est troublant c'est que le constat est partagé par tous. Que ce soit les tenants du libéralisme débridé ou ceux d'une économie au minimum régulée, sans parler des partisans de l'économie collectiviste. Eliminons d'emblée la dernière. Pour les 2 autres, les constats sont simples :- Le nombre de bénéficiaires du RMI a augmenté ces dernières années.
Ce qui est le résultat, entre autre, d'un manque d'emploi non qualifiés de basses oeuvres. Ce n'est pas l'augmentation du nombre de contrats aidés par l'Etat (contrat d'avenir et d'accompagnement vers l'emploi) qui pallie à ce problème. Il ne fait que confirmer qu'une tranche de la population est dépendante de ce type de contrats. En effet, très concrètement quand le nombre de contrat augmente, le nombre de bénéficaires du RM diminue et inversement. Actuellement, en pré campgane électorale, l'Etat augmente les quotas de contrats. Résultats le nombre de bénéficiaires du RMI cesse provisoirement d'augmenter. Cette précarité là est juste masquée. Elle s'enkyste.
- Les personnes dépendantes des aides sociales et prestations familiales est en augmentation.
Et même s'il est difficile de les quantifier, cette frange de la population ne sort plus de cette dépendance. A ce propos, il est à noter que nous voyons une recrudescence dans les centres médico socio de toutes jeunes mamans de moins de 20 ans, seules, en rupture parentales. Une sorte de retour en arrière.
- Contrairement aux annonces, je reste persuadé que le chômage ne diminue pas.
En ce moment, dans les Ardennes, les chiffres des suppressions d'emploi font tourner la tête. Les chances de reclassement dans le département sont nulles. Les constructeurs automobiles licencient, etc.
- L'INSEE confirme la précarisation des salariés et notamment des employés. Avec comme résultat une perte de pouvoir d'adhat nette. Ceci est du, en partie au développement des temps partiels et des services à domicile qui engendre des contrats avec peu d'heures et très découpés.
- Des politiques de baisse de charges sur le bas salaires et les temps partiels. Résultats les supermarchés n'embauchent plus à temps plein et les entreprises laissent les salariés au SMIC, qui, lui augmente très peu. L'intérêt est évident, puisque les charges sont plus basses l'augmentation des salaires n'est pas opportune.
- Les Classes moyennes s'appauvrissent notamment en raison de la stagnation des salaires.
- L'argent va à l'argent.
Il ne s'agit pas d'un discours révolutionnaire mais d'un constat. Des sociétés, très opaques, dont le seul objectif est l'investissement financier dans les entreprises se développent. Résultat, une vue uniquement fiancière sans stratégie industrielle avec comme seule motivation : que l'investissement rapporte au détriment notamment des salariés. Sans parler des fonds de pension. D'une manière générale la part donnée aux actionnanires est en constante augmentation. Le revenu due au travail est proportionnellement de plus en plus faible en rapport à celui de l'argent investit dans les sociétés. Les salariés travaillent moins pour eux que pour les actionnaires dont les dividendes doivent augmenter.
- A côté de ces constats de nombreux chefs d'entreprise travaillent énormémement pour maintenir leur entrepirse.
Disent être submergés par les charges. Ainsi, tel coiffeur qui me disait, après 25 ans de carrière, qu'il gagnait maintenant autant en tarvaillant plus en raison des charges.
- De manière flagrante le fossé se creuse entre pauvres et riches. Les écarts n'ont jamais été aussi importants entre bas et hauts revenus.
- La France a des poblèmes d'argent.
Les caisses seraient vides. J'utilise le conditionnel à dessein. Mais tel Conseil Général qui veut limiter l'augmentation de budget à 2% pour 2007 se fixe un objectif irréaliste. Le transfert des compétences est tel qu'en dessous de 10 % c'est une gageure. En revanche il ne s'interroge pas sur sa politique d'investissement qui sert à l'affichage politique mais qui ampute très sérieusement le budget de fonctionnement. L'excuse est que le département est pauvre.Aussi on ne sent pas de frein à cette machine à exclure. On ne peut que constater que tous ces faits s'enracinent. Tout le monde s'en plaint :
- les pauvres, on comprend pourquoi
- les riches car ils ont peur de perdre et se trouvent entourés de fénéants et car ils payent tout le temps
- Les politiques car la consommation n'est pas suffisante pour alimenter l'économie
- les chefs d'entreprise car ils payent trop de charges, peut-être même à juste titre.Nous voici donc devant un dilemme : tous les pauvres ne sont pas des fénéants et tous les patrons ne sont pas des tueurs. Tout le monde veut consommer mais tous ne le peuvent pas. Tous les patrons veulent développer leur affaire mais ne le peuvent pas. Et puis on délocalise. Et on nous met la pression sur la faillite de la France.
Tout le monde est d'accord, de droite comme de gauche. Les éléments ne sont pas contestés et pourtant rien. Pas de propositions, pas de courage pas d'engagement.
Face à un dilemme il faut faire un choix : je n'en vois aucun qui se profile. Personne ne tranche, ne construit. Tout le monde constate, c'est le plus simple.
Moi, quand je suis face à un dilemme persistant, basé sur des constats récurents objectifs, j'angoisse de ne pouvoir décider ni avancer. Je me donne les moyens de faire un choix.
Avis aux amateurs
Par Pierre
-
Publié dans : Débats
2
-
Recommander
L'indispensable travail pénible
Ne voyez dans ce qui suit une prise de position.C'est un constat, une description d'une situation somme toute banale mais pas anodine.Mme V.(comme victoire par exemple), seule avec 1 fille de 15 ans. Elle habite dans une ville moyenne de 20 000 habitants en Province. Taux de chômage local dans la moyenne nationale. Elle habite dans un HLM pas trop mal mais un peu cher.Mme V (V comme victorieuse) travaille, elle y tient. Elle ne fait pas 35h, sont salaire est de 800 € par mois net. Tous les mois sont durs. L'ensemble de charges sont payées et notamment celles liées à son trajet professionnel. Il ne reste rien à la fin du mois.Mme V (V comme valeureuse) n'a pas le permis de conduire. Elle travaille à 6 Km de la ville. Ses horaires sont faits de telle sorte qu'elle travaille matin et après midi avec une coupure de 4h en milieu de journée.Elle est femme de service dans une sation service auto routière.
Autre élément de contexte : nous sommes dans l'Est de la France et les hivers sont froids et rigoureux.Voilà donc Mme V. (v comme victime ?) qui fait 2 allers et retours par jour, soit 24 km en scooter par tous les temps. Régulièrement elle est renversée par l'aspiration d'un camion. Elle ne manque pas un jour.Voilà donc que son scooter ne fonctionne plus et est irréparable. Mme V (v comme vidée) n'a aucune possibilité financière de le remplacer. Pas de scooter plus d'emploi. Le patron est effectivement prêt à la licencier pour stopper la galère. Mme V (V comme vaillante) refuse, elle tient à son emploi et n'est pas frileuse. Les banques ne lui prêteront pas un centime, budget trop tendu. elle ne succombe pas au charme des sociéte de crédit.Mme V (V comme va voir les aides possibles) en appelle aux services sociaux, seul recours semble-t-il. En effet les services sociaux lui proposent un prêt sans intérêt sur des fonds d'insertion pour acheter le scooter. Mme a sauvé son emploi.Grâce à elle nous avons des chiottes propres dans les station services. Désormais, on pensera à elle et on évitera de lui alourdir la tâche en ne pissant pas à côté (là je parle pour les hommes). On évitera de la dédaigner quand on la croise, ou l'engueuler quand elle en train de laver juste quand on va aux toilettes ( là je parle pour tout le monde).Désormais avant de raler sur son propre triste sort on pensera à elle et se rendra compte qu'on n'a pas de quoi se plaindre. Qu'elle, elle ne prendra pas sa retraite à 55 ans sinon elle touchera le minimum vieillesse. Qu'elle est à la merci de son patron qui, parce qu'elle est arrivée en retard à cause de son scooter, peut la licencier.Je m'arrête là pour ne pas tomber dans le misérabilisme.Nous ne vivons pas seuls, ceux qui on de l'argent en suffisance peuvent le dépenser dans de bonnes conditions grâce à des Mme V. (V comme à Votre service)Mme V. (V comme "comme Vous") fait-elle preuve d'un courage hors norme ou tient-elle juste sa place ?
Par Pierre
-
Publié dans : vision-sociale
1
-
Recommander
Mercredi 13 septembre 2006
250 €
C'est le montant de la facture que cherche à recouvrer EDF GDF. Au demeurant rien que d'ordinaire, sauf que maintenant les usagers sont coupés pour cette somme et qu'en cas de dette s'il n'y a pas de paiement intégral il y a coupure.
Sauf que l'usager est MORT.
Si, si , Monsieur G est décédé il y a 3 mois. C'était un pauvre type dont le seul ami était l'alcool, qui habitait dans un taudis et dont la seule famille était un frère dans le même état que lui. L'assistante sociale, connaissait ce Monsieur, assurait un suivi, notamment pour le contrat RMI. Cette même assistante sociale, quelques mois avant la mort de M. G était allée le voir dans son appartement après qu'il soit sorti des urgences de l'hôpital. En bref un M.G dans un très mauvais état dont les jours était comptés. Pas de grosses dettes par ailleurs. M. G est donc mort, seul, dans son appartement. Oui mais voilà il avait une dette EDF de 250 ?. Oui mais comme il était mort EDF se devait quand même de recouvrer sa dette. Donc EDF envoie la facture au Conseil Général, centre médico social, au nom de l'assistante sociale. Dans un premier temps celle-ci n'en parle pas à sa hiérarchie. Seulement EDF envoie un rappel toujours au nom de l'assistante sociale. Bien oui, celle-ci n'a pas payé. Du coup son responsable écrit à EDF GDF pour lui demander de cesser ce recouvrement et d'enlever le nom de l'assistante sociale du dossier de M. G. Oui mais voilà, quelques semaines après c'est une société de recouvrement qui revient à la charge. Toujours pour les 250 ?. Oui mais ils ont enlevé le nom de l'assistante sociale, mais adresse toujours la facture au Conseil Général. Donc re-courrier du responsable qui attend avec impatience la suite de l'histoire. A noter également qu'il est arrivé la même mésaventure à une collègue de cette assiatante socaile pour un autre Monsieur décédé. Résultat de l'opération :
- tout le monde perd du temps - les frais de recouvrement vont bientôt atteindre le montant de la facture - EDF GDF ne sera pas payé de sa facture. Je sais que vous en voulez une autre. Mme X a une dette de 600 ? avec menace de coupure. Les aides cumulées se montent à 300 ?. Mme paye 100 ?, travaille et négocie un plan d'apurement de 100 ? par mois en lien avec l'assistante sociale. Celle-ci prend contact avec EDF. Dans un premier temps discussion avec un agent EDF qui réaffirme les consignes nationales : pas de négocaition, paiement intégral. Le responsable d'agence intervient en refusant toute négociation.
Conclusion :
- tout le monde se décarcasse, y compris l'usager (ce qui est normal), des efforts sont faits, une assistante sociale s'implique mais pas EDF. - Mme a payé ses 100 ?, les organismes d'aide 300 ? et EDF ne fait pas la moindre concession - Mme sera quand même coupée malgré nos interventions.
- On veut donc nous faire croire que l'égalité territoriale dans l'accès aux énergies est assurée et que les tarifs n'augmenteront pas.
Et on veut nous raconter que GDF doit être privatisé, qu'il s'agit de vie ou de mort pour l'indépendance énergétique de la FRANCE
Mais il s'agit surtout d'une question de vie ou de mort pour les pauvres.
Le gouvernement a choisi son camp. Non ?
Par Pierre
-
Publié dans : Service public
5
-
Recommander
Commentaires